Si le rugby a connu son premier champion de France avant le football, 1892 pour le sport ovale et deux après pour son cousin germain, il faut attendre 1987 pour vivre la première Coupe du Monde.
Les manchots viennent de faire rêver au Mexique après un match de folie contre le Brésil en quart de finale, leurs homologues aux carrures de déménageurs vont être à la
fête.
La première Coupe du Monde se déroule sur invitations. Seize nations sont invitées en Australie et en Nouvelle-Zélande pour une compétitions qui s’annoncera champêtre avec des moutons, des volatiles, des lapins se permettant de traverser les terrains d’entraînement ou de match. L’Afrique du Sud, boycottée pour cause d’Apartheid ne reçoit pas de carton d’invitation dans un premier temps, avant de se voir intégrée. Le pays à la constitution raciste déclinera l’offre au profit du Zimbabwe qui échoie dans le groupe de la France, de l’Ecosse et de la Roumanie pour le premier tour.
Les Bleus, emmenés par Daniel Dubroca , connaissent un premier match poussif face au XV du Chardon avec un match nul 20-20, avant d’écraser la Roumanie 55-12
puis l’équipe africaine 70-12. Un goal-average avantageux sur l’Ecosse leur permet de terminer en tête avec le même nombre de points et d’affronter les îles Fidji plutôt que les All Blacks de
Nouvelle-Zélande, le Brésil du rugby, face auxquels la province britannique ne pourra que constater les dégâts : 30-3. Dans les autres groupes, pas de surprise, les favoris sont au
rendez-vous. L’Australie et l’Angleterre terminent en tête de la poule 1, Galles et Irlande de la poule 2, Nouvelle-Zélande et Fidji de la 3.
En quarts de finale, le Pays de Galles –qui a battu l’Angleterre 16-3- et la France vainqueur de Fidji 31-16 sont les
seuls représentants européens face aux deux pays organisateurs : l’Australie qui a défait l’Irlande 35-15 et les habitants de l’île du long nuage, archis favoris de l’épreuve et qui vont
passer une soufflante aux Dragons rouges 49-6 pendant que les tricolores sortent les Wallabies 30-24 le 13 juin à Sydney au Concord Oval et s’ouvrent les portes d’une finale qu’on annonce comme
explosive.
On ne peut rêver mieux dans l’Eden Park d’Auckland ! Face à ces drôles de guerriers tout de noirs vêtus qui exécutent une danse bizarre avant
d’entrer en scène, la Haka, les Coqs Bleus relèvent le défi et Eric Champ, dit « le Grand » n’hésite pas à affronter du regard l’Everst du rugby, ceux que la faute d’une télétypiste
anglaise nous fait appeler All Blacks quant le journaliste voulait juste écrire « They are all back ». France-Nouvelle Zélande, un match toujours spécial, les néo-zélandais ayant été la
première équipe nationale à affronter la France, le 1er janvier 1906.
Les Bleus viennent de remporter le Grand Chelem –c'est-à-dire le Tournoi des V Nations avec aucune défaite à la clé- et entrent sur la pelouse avec ce titre
officieux de champion d’Europe. Face aux géniaux Franck Mesnel, Philippe Sella et Serge Blanco on trouve les extraordinaires Grant Fox, John Kirwan ou John Gallagher. Michael Jones, absent en
demi-finale car sa religion lui interdit de jouer le dimanche retrouve son poste en troisième ligne, tient à faire bonne figure dans une formation battue 16-3 à Nantes le 15 novembre
1986.
La première mi-temps est une affaire de buteur et voit les Bleus menés de six petits points à la pause, seulement 9 à 3. Oui mais voilà, les Blacks ont fait bonne impression et paraissent
les plus forts sur cette rencontre qui ne va pas leur échapper. Dès le retour de la pause-citron –qui à l’époque se fait sur la pelouse- les locaux accentuent leur suprématie et Fox passe ses 126
points sans coup férir : 12-3, 15-3, 19-3, 23-3, 26-3, 29-3 avant qua Berbizier n’inscrive un essai et sauve l’honneur : 29-9 score final et un spectacle à la mesure de
l’attente.
Vingt ans après, c’est au tour de l’Hexagone d’accueillir le monde ovale. Dans quelques mois, la France tentera de rejoindre l’Angleterre au rang des Nations championnes du Monde et championne de rugby. Et comme mise en jambe, les Bleus partent en juin se frotter aux néo-zélandais. Sans une grande partie des internationaux susceptibles de jouer la Coupe du Monde. Mais avec la ferme intention de découvrir ce qui, aujourd’hui encore, fait le charme de ces terribles All Blacks. Au fait, saviez-vous que la marque de Sportswear « Eden Park » créée par Franck Mesnel et eric Blanc était un hommage à ce stade, à ce match, à cette aventure humaine?
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