Tout a commencé en septembre 88. J'entrais en CM2, et le maître nous dit un jour : "vous savez, les
enfants, cette année on va fêter les 200 ans de la Prise de la Bastille". Ce fut le début d’une passion. Et justement, cette année là, question Révolution, on avait de quoi être servis ! A
commencer par notre cher Pif, qui n'avait pas raté l'évènement : couvertures spéciales, gadgets, Main de Pif déclinée en version cocardière…
Alors que l'anniversaire est encore loin, la révolutionmania bat déjà son plein. Tout se
décline, et tout produit vendu cette année-là aurait été
républicain s'il avait été créé il y a 200 ans, parole ! La preuve : ils portent tous la cocarde ! Timbres, assiettes, tarot, fèves, jeu de société, bouquins, cinéma (tournage du
grand film "la Révolution Française", décliné en deux longs téléfilms pédagogiques "les années lumière" et "les années terribles"). Les Inconnus, qui commencent sérieusement à faire parler d'eux,
font un sketch sur la Révolution et Louis Croix-Vé-Bâton.
Ma bibliothèque avait même organisé un grand tournoi à l'échelle de la municipalité, pour tous
les gamins qui le souhaitaient, un genre de jeu de l'oie truffé de questions portant sur la Révolution (date du coupage de tête du
gros roi ? et qui donc a tué Marat dans sa baignoire ?), avec un système d'éliminations,
des 8ièmes de finales à la finale-de-la-mort-qui-tue pour laquelle les survivants potassaient comme des dingues. (Près de 20 ans plus tard, je suis encore tout fier de vous annoncer
que c'était moi qui avait gagné, hé hé !)
Mitterrand avait fêté le 14 juillet en inaugurant l'Arche de la Défense et en invitant les
dirigeants du G7, et Renaud nous avait improvisé un petit concert de protestation, jugeant que le G7, c'est par définition pas très "tiers-état" (mention spéciale pour la monarchie
britannique..) .
Puis il y eut les gigantesques
festivités du grand soir, avec la cantatrice Jessye Norman revisitant la Marseillaise à la Concorde (http://uk.youtube.com/watch?v=1QQ2k3UpHwQ), un méga-show de Jean Paul Goude, l'inauguration de l'Opéra-Bastille sur une place dont vous avez peut-être entendu parler,
et bien sûr les feux d'artifices de circonstance !
Et puis l'été passa, et la mode
s'évapora. Il n'y eut bientôt plus guère que les Schtroumpfs pour arborer un bonnet phrygien. Restent les souvenirs d’une année. Et tout plein d'objets estampillés 1789-1989. Je suis désormais
persuadé qu'il devait même exister des petites culottes "spécial bicentenaire" (non, ce n'est pas un fantasme, mon tempérament de révolutionnaire me portant justement vers les "sans
culottes"...). Heu, je m'égare. Enfin bon, ça ira, ça ira, ça ira...
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