C'est une histoire de maillot. Celui d'une équipe de foot mythique dont les images Panini dans la cour de l'école étaient les plus recherchées.
Telles des icônes de l'église orthodoxe, les cheveux longs d'Oswaldo Piazza, les moustaches de Bernard Genghini, les gants de Jean Castaneda, la touffe rastafari de Robert Herbin, portaient tous la couleur à la mode : le vert.
Mais pas n'importe lequel. Le vert des Verts. L'Association Sportive Saint-Etienne de son premier titre de champion en 1968 à son dixième -celui grâce auquel
le blason est surmonté d'une étoile tricolore- a littéralement survolé le football français. Une légende est faite de symboles : Panthère noire au coeur, visite dans la mine la veille du match de reprise et cette devise inscrite dans le tunnel menant au stade : « Ici c'est le chaudron ! ».
Saint-Etienne c'est ce maillot d'abord neutre de toute publicité -avec juste un col bleu, blanc, rouge- puis frappé de « Manufrance », « KB Jardin », « Super Télé ». L'explosion de ces générations géniales de joueurs coïncide avec l'apparition de la TV couleur en France mais leur prix est tellement prohibitif à l'époque que c'est dans Onze ou Mondial qu'on trouve de quoi rêver en Vert, la nuit, les posters à plat sur le mur.
Aujourd'hui on nous chante Johnny Rep, on a déifié Aimé Jacquet, on a oublié que
Willy Sagnol y a joué, on a Paganelli qui fait le trublion sur Canal Plus, on a toujours 200 Fan-Club répartis dans le monde entier. Le vert s'est fait tendre, a pâli mais dans les tribunes la passion est toujours là. Il a suffit de peu, de poteaux carrés en fait, pour que la cité ouvrière du Forez dont le stade d'entraînement faisait partie des usines soit le premier club français à soulever une Coupe d'Europe. C'était le 12 mai 1976 contre le Bayern Munich, mais ce seront les premiers footballeurs à défiler sur les Champs-Elysées avant de connaître les gouffres de la « caisse noire ».
Premiers pros, ils en payent les premiers travers.
Mais on en raconte toujours des histoires sur cet amour du maillot vert : un supporter venu de Lens en scooter dans les années 70, un autre heureux vainqueur d'une loterie dont il offrit le gain au club. Et celle de ce gamin de la banlieue parisienne, gardien de but surnommé « Yachine » dans son club et qui évitait de plonger à l'entraînement pour ne pas salir son beau maillot Vert, brillant, floqué du 10 de Platini. Au fait, « Qui c'est les plus forts ?»
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